Look up : comment ces sites clandestins revendent vos données personnelles volées
Les autorités françaises multiplient les alertes contre les « look up ». Derrière ce nom, se cachent des moteurs de recherche parallèles qui agrègent des informations personnelles issues de cyberattaques. Comment fonctionnent-ils ? D’où viennent les données ? Combien coûtent-ils ? Voici l’essentiel à connaître.
Look up : qu’est-ce que c’est exactement ?
Un « look up » est une plateforme qui ressemble à un moteur de recherche classique. Mais au lieu d’indexer des pages web, elle permet de retrouver des informations personnelles à partir de quelques critères : nom, prénom, adresse mail, numéro de téléphone, etc.
Selon Damien Bancal, spécialiste cybersécurité du blog Zataz, le phénomène n’est pas récent : les premiers sites de ce type existaient déjà il y a une quinzaine d’années.
Les résultats peuvent être très sensibles :
- adresse postale ;
- date de naissance ;
- adresse e-mail ;
- coordonnées bancaires (IBAN) ;
- numéro de sécurité sociale.
Certains de ces sites sont accessibles sur le web classique. D’autres ne sont consultables que sur le dark web. Leurs adresses circulent souvent sur des forums cybercriminels ou via des messageries chiffrées comme Telegram ou Signal.
D’où viennent les données utilisées par les look up ?
L’origine exacte des données est difficile à établir. Mais le principe est connu : ces plateformes compilent des informations issues de violations de données.
La Cnil, autorité française de protection des données personnelles, explique que ces services agrègent généralement des données provenant de fuites survenues chez des entreprises, des administrations ou des organisations.
Un site consulté par l’AFP indique de son côté travailler à partir de « bases issues de fuites tierces ».
Ces bases peuvent être :
- achetées directement par les administrateurs des look up ;
- récupérées gratuitement sur des forums spécialisés ;
- revendues ou échangées entre cybercriminels.
« Il existe des dizaines de forums où circulent des fichiers de données, anciens ou récents, accessibles gratuitement », rappelle Damien Bancal.
Comment ces sites se rémunèrent-ils ?
La plupart des look up proposent quelques recherches gratuites pour attirer les visiteurs. Ensuite, ils vendent des abonnements look up pour débloquer des requêtes illimitées.
Sur deux sites consultés par l’AFP, les tarifs mensuels variaient de 10 à 15 euros. L’un d’eux proposait même une option payante, à partir de 11 euros, pour demander la suppression de ses propres données.
| Type d’accès | Prix constaté | Remarque |
|---|---|---|
| Recherches gratuites | 0 € | Nombre limité |
| Abonnement mensuel | 10 à 15 € | Requêtes illimitées |
| Suppression de ses données | dès 11 € | Fortement déconseillé |
Face à ces pratiques, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a lancé un avertissement clair : il ne faut jamais payer pour obtenir le retrait de ses informations personnelles. Elle a également annoncé avoir saisi la justice.
Quels risques pour les victimes et les utilisateurs ?
Pour la Cnil, ces services ne respectent pas la législation en vigueur. L’autorité déconseille de les utiliser, même pour vérifier si ses propres données y figurent.
La raison est simple : en renseignant une requête, l’utilisateur laisse des informations qui peuvent ensuite être exploitées à son insu.
Les risques sont multiples :
- usurpation d’identité ;
- hameçonnage (phishing) ;
- fraude bancaire ;
- démarchage abusif ;
- chantage ou extorsion ;
- recel de données volées.
Les victimes dont les informations apparaissent sur ces plateformes peuvent aussi subir des tentatives d’escroquerie très ciblées.
Que fait la justice française ?
La Cnil indique transmettre régulièrement ces signalements à la justice. Le parquet cybercriminalité a déjà été saisi pour plusieurs plateformes du même type.
Entre février et octobre 2026, la section cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une dizaine d’enquêtes pénales visant des sites d’agrégation de données volées.
En juin, le député Éric Bothorel avait lui aussi signalé trois sites compilant des fuites de données, évoquant un possible « recel » de données volées.
Plus récemment, Nicolas Guidoux, chef de l’Office anti-cybercriminalité (Ofac), a annoncé sur LinkedIn le premier démantèlement d’un look up en France. Trois personnes, âgées de 17 ans et inconnues de la justice, ont été interpellées. Le site concerné a été fermé.
Comment se protéger des look up ?
Il n’existe pas de solution miracle pour disparaître totalement de ces bases. Mais plusieurs réflexes permettent de limiter les risques.
1. Ne jamais payer pour faire supprimer ses données
Payer un look up revient souvent à financer une activité illégale — et rien ne garantit que les informations seront réellement supprimées.
2. Ne pas utiliser ces sites soi-même
Même une simple recherche peut nourrir leurs bases ou exposer des informations vous concernant.
3. Renforcer ses comptes
- utilisez des mots de passe uniques et longs ;
- activez la double authentification (2FA) ;
- surveillez régulièrement vos relevés bancaires ;
- méfiez-vous des e-mails et SMS suspects.
4. Exercer ses droits RGPD
Vous pouvez demander l’accès ou la suppression de vos données auprès des organismes qui les détiennent, lorsque cela est possible.
5. Signaler les contenus illicites
Vous pouvez signaler un site suspect à la Cnil, à Cybermalveillance.gouv.fr ou aux forces de l’ordre.
FAQ : questions fréquentes sur les look up
Un look up est-il légal ?
Non. Pour la Cnil, ces services ne semblent pas conformes à la législation sur la protection des données personnelles.
Peut-on demander la suppression de ses données d’un look up ?
Il est déconseillé de payer pour cela. Il vaut mieux passer par les voies légales et signaler le site aux autorités compétentes.
Faut-il vérifier si ses données sont sur un look up ?
La Cnil déconseille cette pratique, car vous risquez de renseigner vous-même des informations exploitables.
Que faire si ses données ont fuité ?
Changez vos mots de passe, activez la double authentification, surveillez vos comptes bancaires et signalez toute tentative suspecte.
À retenir
- Les look up sont des moteurs de recherche clandestins alimentés par des fuites de données.
- Ils permettent de retrouver des informations très sensibles : IBAN, adresse, date de naissance, numéro de sécurité sociale.
- Leur modèle repose souvent sur des abonnements de 10 à 15 euros par mois.
- La Cnil déconseille de les utiliser, même pour vérifier ses propres données.
- La justice française a ouvert une dizaine d’enquêtes entre février et octobre 2026.
- Un premier démantèlement a eu lieu en France, avec trois interpellations et la fermeture d’un site.
Le meilleur réflexe reste la prévention : protégez vos comptes, ne payez jamais pour faire retirer vos données et signalez les plateformes suspectes aux autorités.